lundi 17 juillet 2017

Tout n'est pas perdu

Ce livre traîne dans ma PAL depuis je ne sais plus combien de temps, je voulais à tout prix le lire sans en prendre le temps. C'est désormais chose faite, et je ressors assez perturbée de cette lecture...

Alan Forrester est thérapeute dans la petite ville cossue de Fairview, Connecticut. Il reçoit en consultation une jeune fille, Jenny Kramer, quinze ans, qui présente des troubles inquiétants. Celle-ci a reçu un traitement post-traumatique afin d’effacer le souvenir d’une abominable agression dont elle a été victime quelques mois plus tôt. Mais si son esprit l’a oubliée, sa mémoire émotionnelle est bel et bien marquée. Bientôt tous les acteurs de ce drame se succèdent dans le cabinet d’Alan, tous lui confient leurs pensées les plus intimes, laissent tomber leur masque en faisant apparaître les fissures et les secrets de cette petite ville aux apparences si tranquilles. Parmi eux, Charlotte, la mère de Jenny, et Tom, son père, obsédé par la volonté de retrouver le mystérieux agresseur.

Je me suis pris une claque en lisant ce thriller. C'est dense, très noir, je ne m'attendais pas vraiment à ça. Sachant qu'en plus je n'avais pas relu la quatrième depuis son arrivée dans ma PAL, j'avoue du coup avoir été surprise par le côté très psychologique. En effet, nous ne quittons pas le cabinet d'Alan Forrester de tout le livre, et c'est lui qui nous raconte cette histoire via les confessions qui lui ont été faites.

Du coup, j'ai eu un peu de mal au début à me plonger dans le récit, je me demandais où il voulait en venir et surtout quand enfin l'action allait commencer. Car oui, ce début est franchement longuet, et quand en plus le narrateur nous balance des termes techniques auxquels je n'ai pas tout compris (heureusement qu'il y a des explications!), ça complique encore davantage les choses.

Et pourtant, je me suis laissée prendre au jeu. Peu à peu, on nous livre les confessions des parents de Jenny et là enfin mon intérêt s'est réveillé. On s'aperçoit bien vite que chacun a quelque chose à cacher, aucun personnage n'est ni tout blanc ni tout noir, chacun compose avec son passé, ses secrets et c'est de loin ce que j'ai préféré.

Plus j'avançais dans ce livre, plus je prenais conscience des diverses ramifications de l'histoire, et j'avoue avoir été bluffée. Les confessions sont dures, parfois à la limite du soutenable, et une fois encore j'ai pu me rendre compte qu'en fait on ne connaît jamais vraiment les gens, même si on vit avec eux depuis des années.  

J'ai douté du début à la fin, me méfiant de tout le monde. J'ai soupçonné beaucoup de gens d'être l'auteur du viol de Jenny, mais rien ne m'avait préparée à la révélation finale. C'est la très bonne surprise de ce livre, et si au début ça paraît confus, quand enfin on comprend toutes les implications impossible de ne pas se dire que certaines personnes sont totalement givrées!

L'autre côté très prenant du livre, c'est le travail effectué sur la mémoire. A la fin du  livre, on nous dit bien que le traitement qu'a reçu Jenny pour oublier son viol n'existe pas dans sa totalité, mais que l'altération des souvenirs est au premier rang des recherches dans la science de la mémoire. 
A la base, ce traitement est réservé aux soldats victimes du syndrome de stress post-traumatique, mais que son utilisation dans le monde civil a commencé et risque d'être sujet  controverse, ce que je ne peux que comprendre.

Les scientifiques sont capables d'altérer des souvenirs factuels et d'atténuer leur impact, mais quand on voit le résultat obtenu sur Jenny, ça fait froid dans le dos! 
La pauvre n'a aucun souvenir de son viol, mais son esprit et sa chair restent marqués par le traumatisme, sans pour autant être capables de le ressentir. Si elle pourrait tout à fait passer à autre chose et vivre sa vie comme si de rien n'était, elle s'en retrouve incapable car elle est comme freinée malgré elle et ne peut aller de l'avant.

Dans un sens, je comprends l'envie de la mère de Jenny de faire administrer le traitement à sa fille: je suppose que les victimes de viol aimeraient oublier avoir un jour subi une telle horreur, et pourtant je comprends aussi le père qui souhaite que sa fille se souvienne afin que le coupable soit puni.
Le problème, c'est que du coup Jenny ne se souvient de rien, alors qu'elle a justement besoin de se souvenir pour aller de l'avant. Paradoxe? Oui et non, mais le narrateur vous explique les tenants et aboutissements bien mieux que je ne saurais le faire.

Bref, j'avoue que ces manipulations sur la mémoire font froid dans le dos, les souvenirs de ces personnes sont-ils réels ou fabriqués de toutes pièces? Jusqu'où peut-on aller dans le travail sur la mémoire? Les traumatismes sont-ils vraiment effacés ou restent-ils enfouis, attendant le moment opportun pour resurgir?

Toutes ces questions m'ont interpellée, et j'avoue que j’ignore quel serait mon choix si jamais je devais être confrontée à une telle situation. Et vous?

lecture agréable

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Ce livre a été lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres" chez Azilis.
https://aziquilit.wordpress.com/

Tous les billets pour cette session "Tout" sont disponibles ici!

2 commentaires:

  1. Parfois dans les livres on croise des choses qui froid dans le dos parce qu'elles peuvent être terriblement réalistes et à chaque fois, ça me rends mal à l'aise.
    En tout cas, merci pour la découverte :)

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  2. Il me donne envie depuis un petit moment celui-là ! :)

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